VOUS VOULEZ COMMENCER UNE COLLECTION AVEC 2 000 € ?
Martin BRIL
On entend souvent qu’il faut disposer d’un budget important pour commencer une collection sérieuse d’Ere Ibeji.
Je ne le crois pas.
Avec 2 000 €, on ne peut évidemment pas acheter tout ce que l’on souhaite. On devra renoncer à certaines provenances prestigieuses, aux œuvres attribuées aux grands maîtres les plus recherchés et à certaines pièces exceptionnelles.
Mais 2 000 € suffisent largement pour commencer quelque chose de beaucoup plus important :
construire son regard.
La véritable question n’est donc pas : « Combien d’Ibeji puis-je acheter avec 2 000 € ? »
Mais plutôt :
« Comment utiliser ces 2 000 € pour commencer intelligemment ? »
1 — NE DÉPENSEZ PAS LES 2 000 € TOUT DE SUITE
C’est probablement le conseil le plus difficile à suivre.
Lorsque l’on commence à collectionner, tout semble intéressant. Chaque vente apporte une nouvelle tentation. À 200, 300 ou 400 €, une sculpture paraît accessible et l’envie de constituer rapidement un ensemble est forte.
C’est précisément le danger.
Avec 2 000 €, vous pouvez acheter six ou huit Ibeji moyens.
Ou attendre et acheter deux ou trois sculptures réellement intéressantes.
Votre collection sera plus petite.
Mais elle commencera déjà à avoir une direction.
2 — ACHETEZ D’ABORD DES LIVRES
Cela peut sembler paradoxal dans un article consacré à un budget d’acquisition.
Pourtant, je réserverais immédiatement une partie des 2 000 € à la documentation.
Catalogues, ouvrages spécialisés, anciennes ventes, publications consacrées aux styles régionaux : ces dépenses ne prennent pas de place dans la vitrine, mais elles influencent toutes les acquisitions suivantes.
Un livre à 80 € qui vous évite une erreur à 800 € est probablement l’un des meilleurs achats de votre collection.
Achetez du savoir avant d’acheter du bois.
3 — NE CHERCHEZ PAS NÉCESSAIREMENT UNE PAIRE
Avec un budget limité, vouloir absolument acquérir une paire ancienne et homogène peut réduire fortement les possibilités.
Un très bon Ibeji isolé peut être beaucoup plus intéressant qu’une paire médiocre.
Cela permet également d’accéder à une qualité de sculpture supérieure pour le même budget.
Oubliez donc momentanément l’idée que deux figures valent nécessairement mieux qu’une.
Achetez la sculpture, pas le nombre.
4 — PRIVILÉGIEZ LA QUALITÉ DE SCULPTURE
Face à deux objets de prix comparable, je regarderais d’abord la qualité de la main.
Le visage possède-t-il une véritable présence ?
Les volumes sont-ils maîtrisés ?
Les oreilles sont-elles construites avec attention ?
La coiffure est-elle simplement répétitive ou réellement organisée ?
Les mains, les pieds et le socle ont-ils été traités avec soin ?
La sculpture fonctionne-t-elle sous plusieurs angles ?
Une patine séduisante ne transformera jamais une sculpture médiocre en grande sculpture.
Commencez par apprendre à reconnaître la qualité.
5 — CHERCHEZ CE QUE LES AUTRES REGARDENT MOINS
Un petit budget oblige à devenir plus attentif.
C’est une excellente chose.
Les pièces spectaculaires, parfaitement conservées, abondamment publiées ou dotées d’une provenance prestigieuse attirent naturellement les collectionneurs.
Mais il existe aussi des sculptures moins immédiatement séduisantes :
un Ibeji isolé,
une sculpture fragmentaire,
un exemplaire présentant une ancienne réparation,
une région moins recherchée,
un style encore mal identifié,
une pièce dont la qualité est supérieure à sa présentation.
C’est souvent là que le regard peut compenser le portefeuille.
6 — N’ACHETEZ PAS UNE ATTRIBUTION
« Oyo », « Igbomina », « Ekiti », « ancien », « rare », « atelier de… »
Ces mots peuvent être séduisants.
Mais ils ne doivent jamais remplacer l’objet.
Une attribution peut être erronée. Une datation peut être trop optimiste. Une provenance peut être imprécise.
Regardez d’abord la sculpture.
Puis demandez-vous quelles caractéristiques permettent réellement de soutenir ce qui est annoncé.
Avec un budget limité, chaque erreur représente une part importante de votre capital de collection.
Vous ne pouvez donc pas vous permettre d’acheter uniquement une étiquette.
7 — GARDEZ UNE RÉSERVE
Si je disposais exactement de 2 000 € pour commencer aujourd’hui, je ne chercherais probablement pas à dépenser les 2 000 €.
Je garderais une partie du budget disponible.
Pourquoi ?
Parce que la bonne sculpture apparaît rarement au moment où l’on a décidé d’acheter.
Elle apparaît parfois trois semaines plus tard, dans une petite vente, chez un marchand, sur une plateforme ou dans une collection privée.
Et c’est précisément à ce moment-là qu’il est frustrant de constater que tout le budget a été dépensé dans trois objets simplement « corrects ».
Savoir attendre fait partie du budget.
À QUOI POURRAIT RESSEMBLER CE BUDGET ?
Je pourrais imaginer quelque chose comme :
200 à 300 € pour quelques ouvrages et catalogues essentiels.
1 200 à 1 500 € consacrés à une ou deux sculptures choisies avec beaucoup d’attention.
300 à 500 € conservés en réserve pour une opportunité future.
Ce n’est évidemment pas une formule universelle.
On peut rencontrer une excellente sculpture à 400 € comme une sculpture médiocre à 2 000 €.
Le prix ne remplace jamais le regard.
VOTRE PREMIÈRE COLLECTION N’A PAS BESOIN D’ÊTRE GRANDE
Imaginez deux collectionneurs.
Le premier dispose de 2 000 € et achète huit sculptures parce qu’elles sont abordables.
Le second achète des livres, visite des collections, examine des centaines d’objets et finit par choisir seulement deux Ibeji.
Après un an, le premier possède davantage d’objets.
Le second possède peut-être déjà le début d’une collection.
La différence n’est pas seulement financière.
Elle tient à la sélection.
LES 2 000 € LES PLUS IMPORTANTS SERONT PEUT-ÊTRE LES PREMIERS
Les premières acquisitions ont une influence considérable.
Elles déterminent souvent ce que vous allez regarder ensuite, les régions qui vont vous intéresser, le niveau de qualité que vous allez accepter et parfois même les erreurs que vous allez répéter.
Il vaut donc mieux commencer lentement.
Regardez beaucoup.
Manipulez des sculptures lorsque vous en avez l’occasion.
Comparez.
Lisez.
Photographiez.
Posez des questions.
Et surtout, apprenez à ne pas acheter.
Car l’une des compétences les plus importantes du collectionneur n’est pas de reconnaître l’objet qu’il faut acheter.
C’est aussi de reconnaître les cinquante autres qu’il faut laisser passer.
AVEC 2 000 €, N’ESSAYEZ PAS D’ACHETER UNE COLLECTION
Commencez plutôt à la construire.
Achetez moins.
Achetez mieux.
Documentez chaque acquisition.
Gardez une réserve.
Et acceptez les espaces vides dans votre vitrine.
Ils ne signifient pas que votre collection est incomplète.
Ils signifient simplement que vous attendez la bonne sculpture.