VOUS VENEZ D’ACHETER UN IBEJI : QUE FAIRE MAINTENANT ?

Martin BRIL

VOUS VENEZ D’ACHETER UN IBEJI : QUE FAIRE MAINTENANT ?

L’acquisition d’un Ere Ibeji est souvent le résultat d’un coup de cœur, d’une recherche ou parfois de plusieurs semaines de réflexion. L’objet arrive enfin chez vous. Naturellement, vous avez envie de l’installer immédiatement dans votre collection.

Pourtant, les premières heures passées avec une sculpture nouvellement acquise sont importantes.

Avant de la nettoyer, de modifier ses parures, de la socler ou même d’adopter définitivement l’attribution donnée par le vendeur, prenez le temps de la documenter.

Voici les six étapes que je conseille après chaque acquisition.

1 — NE TOUCHEZ À RIEN : OBSERVEZ

Votre première action devrait presque être… de ne rien faire.

Posez l’Ibeji devant vous et regardez-le dans l’état exact où vous l’avez reçu.

Ne nettoyez pas la surface. Ne retirez pas les perles. Ne resserrez pas une cordelette. Ne cherchez pas à faire briller le bois.

Observez plutôt ce qui est présent :

patine, dépôts, pigments, poussière, usures, fissures, anciennes réparations, perles, bracelets, éléments métalliques, traces de manipulation.

Certains détails qui semblent insignifiants peuvent appartenir à l’histoire matérielle de la sculpture.

Avant toute intervention, il faut conserver l’état d’arrivée de l’objet.

C’est votre point de départ.

2 — PHOTOGRAPHIEZ-LE SOUS TOUS LES ANGLES

Avant même de l’intégrer à votre vitrine, constituez un véritable dossier photographique.

Photographiez au minimum :

face — dos — profil droit — profil gauche — trois-quarts droit — trois-quarts gauche.

Puis réalisez des gros plans du visage, des oreilles, de la coiffure, des scarifications, des mains, des pieds, du socle, des parures et des zones présentant une usure particulière.

Et n’oubliez jamais le dessous du socle.

Une ancienne étiquette, un numéro de collection, une trace de fixation ou une inscription peut devenir un élément essentiel de provenance.

Ces photographies enregistrent également l’état de conservation de la sculpture au moment précis de son acquisition.

3 — MESUREZ ET INVENTORIEZ

Attribuez immédiatement un numéro d’inventaire à votre nouvel Ibeji.

Puis notez ses dimensions :

hauteur totale, largeur maximale, profondeur et dimensions du socle.

Enregistrez également la date et le lieu d’acquisition, le nom du vendeur ou de la vente publique, le prix payé si vous souhaitez conserver cette information, ainsi que tous les renseignements communiqués avec l’objet.

Conservez facture, certificat, ancienne fiche, capture de l’annonce, photographies du vendeur et correspondances éventuelles.

Pourquoi garder l’annonce originale ?

Parce que dix ou vingt ans plus tard, elle peut devenir un document de provenance.

La mémoire disparaît. Le dossier reste.

4 — VÉRIFIEZ L’ATTRIBUTION

C’est maintenant que commence véritablement l’étude.

L’objet était présenté comme « Yoruba, Oyo, circa 1920 » ?

Très bien.

Mais considérez cette information comme une hypothèse à vérifier, et non comme une vérité définitive.

Commencez par oublier momentanément l’étiquette.

Regardez la sculpture.

Silhouette, proportions, coiffure, construction du visage, yeux, oreilles, scarifications, épaules, bras, mains, pieds et socle : est-ce que l’ensemble est cohérent avec l’attribution proposée ?

Comparez ensuite avec des exemplaires documentés provenant de musées, de publications spécialisées, d’anciennes collections ou d’archives photographiques.

Une bonne attribution ne repose presque jamais sur un seul détail.

Elle résulte d’une convergence d’indices.

Et soyez prêt à changer d’avis.

Une attribution sérieuse peut évoluer avec les connaissances.

5 — RECONSTRUISEZ LA PROVENANCE

Cette étape est trop souvent négligée.

Le vendeur vous indique « ancienne collection française » ?

Demandez laquelle.

« Collecté avant 1960 » ?

Cherchez sur quoi repose cette affirmation.

« Ex-collection X » ?

Essayez de retrouver l’objet dans un catalogue, une photographie, une facture ou une archive.

Distinguez toujours ce qui est documenté de ce qui est simplement déclaré.

Une provenance solide doit idéalement former une chaîne :

collection → vente → marchand → collection suivante → acquisition actuelle.

Conservez également les informations imparfaites ou encore non vérifiées, mais identifiez-les clairement comme telles.

Ne transformez jamais une hypothèse en certitude simplement parce qu’elle a été répétée plusieurs fois.

6 — ÉTUDIEZ SON ÉTAT AVANT DE DÉCIDER QUOI QUE CE SOIT

Maintenant seulement, posez-vous la question de la conservation.

La sculpture est-elle stable ?

Une fissure semble-t-elle active ?

Une ancienne réparation bouge-t-elle ?

Les perles ou bracelets risquent-ils d’endommager le bois ?

Voyez-vous des trous ou résidus pouvant justifier un examen pour une éventuelle activité d’insectes ?

Le bois présente-t-il une zone particulièrement fragile ?

Et surtout : faut-il réellement intervenir ?

Une sculpture ancienne n’a pas besoin d’être parfaite.

Une fissure ancienne, une réparation indigène, un manque ou une usure peuvent appartenir pleinement à son histoire.

De même, ne nettoyez jamais automatiquement une surface parce qu’elle paraît sale. Un dépôt, un pigment ou une matière incrustée peut contenir une information que vous détruiriez en quelques secondes.

En cas de problème réel de conservation, mieux vaut demander l’avis d’un restaurateur-conservateur compétent plutôt que d’improviser.

ET ENSUITE ? FAITES PARLER VOTRE NOUVEL IBEJI

À la fin de ces six étapes, quelque chose a changé.

Vous n’avez plus simplement devant vous l’Ibeji que vous venez d’acheter.

Vous disposez désormais d’un objet photographié, mesuré, inventorié, étudié et replacé autant que possible dans son histoire.

Votre fiche peut alors réunir :

numéro d’inventaire — photographies — dimensions — attribution actuelle — datation proposée — provenance — bibliographie comparative — état de conservation — accessoires — anciennes étiquettes — historique des interventions.

Et continuez à enrichir ce dossier.

Si vous découvrez dans trois ans un Ibeji du même atelier dans un ancien catalogue, ajoutez la référence.

Si votre attribution évolue, conservez l’ancienne et indiquez pourquoi vous l’avez modifiée.

Si une provenance nouvelle apparaît, documentez-la.

Une collection sérieuse n’est jamais figée. Sa documentation grandit avec elle.

LES SIX ÉTAPES À RETENIR

1. OBSERVER — Ne modifiez rien à l’arrivée.
2. PHOTOGRAPHIER — Enregistrez l’objet sous tous ses angles.
3. INVENTORIER — Mesurez et conservez tous les documents.
4. ATTRIBUER — Vérifiez l’étiquette par l’observation et la comparaison.
5. PROVENANCER — Reconstituez l’histoire connue de l’objet.
6. CONSERVER — Évaluez son état avant toute intervention.

Acheter un Ibeji prend parfois quelques minutes.

Commencer réellement à le connaître peut prendre des années.

Et c’est précisément ce qui rend une collection intéressante : l’acquisition n’est pas la fin de l’histoire.

C’est le début de l’étude.

La Passion des Ibeji

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