UNE RESTAURATION N’EST PAS FORCÉMENT UN DÉFAUT
Martin BRIL
8/10/2026
UNE RESTAURATION N’EST PAS FORCÉMENT UN DÉFAUT.
Lorsqu’un collectionneur découvre qu’un Ere Ibeji ancien a été restauré, la première réaction est souvent négative.
Pourtant, toutes les restaurations ne se valent pas.
Et surtout, une restauration ancienne peut parfois faire partie intégrante de l’histoire de l’objet.
Un Ibeji n’était pas créé pour devenir une œuvre de collection. C’était un objet destiné à vivre, à être manipulé, porté, entretenu et conservé. Au cours de cette longue existence, une cassure pouvait naturellement survenir.
Que se passait-il alors ?
Dans certains cas, la figure pouvait être réparée localement afin de continuer à être utilisée.
Ligatures, chevilles, agrafes ou autres interventions anciennes ne doivent donc pas nécessairement être considérées avec le même regard qu’une restauration moderne.
C’est une distinction fondamentale.
Une réparation ancienne peut raconter l’histoire de la sculpture.
Elle peut témoigner de l’importance que son propriétaire accordait à la figure : plutôt que de l’abandonner après un accident, on a choisi de la réparer et de continuer à en prendre soin.
Pour le collectionneur, ces interventions peuvent même devenir particulièrement émouvantes.
Elles sont des traces de vie.
À l’inverse, une restauration moderne demande davantage de prudence.
Une réparation récente réalisée dans un souci de conservation, clairement identifiable et documentée, n’est pas nécessairement problématique. Elle peut permettre de stabiliser une sculpture fragilisée sans chercher à tromper le regard.
Le problème apparaît lorsque l'intervention cherche à dissimuler une cassure, recréer une partie manquante ou modifier artificiellement l'apparence de l'objet, sans que cela soit clairement indiqué.
La question n’est donc pas simplement :
« Cet Ibeji a-t-il été restauré ? »
Il faut plutôt se demander :
Quand cette intervention a-t-elle été réalisée ?
Pourquoi ?
Avec quels matériaux ?
Est-elle visible et cohérente avec l’histoire de l’objet ?
Cherche-t-elle à conserver la sculpture… ou à tromper l’œil ?
Il existe ainsi une différence considérable entre une ancienne réparation indigène, devenue elle-même partie de la biographie de l’objet, et une restauration récente destinée à rendre une sculpture artificiellement « parfaite ».
Personnellement, je préfère souvent une sculpture ancienne qui assume son histoire à une pièce dont toutes les imperfections ont été effacées.
Une cassure ancienne, une réparation, une usure ou une perte peuvent diminuer la perfection formelle d'un objet.
Mais elles peuvent aussi augmenter son humanité.
Et lorsqu’on collectionne des Ere Ibeji, cette distinction est essentielle :
nous ne collectionnons pas uniquement des sculptures.
Nous collectionnons aussi des objets qui ont vécu.