NON CHAQUE NAISSANCE DE JUMEAUX NE PRODUISAIT PAS AUTOMATIQUEMENT DEUX SCULPTURES

Martin BRIL

8/10/2026

l’Ere Ibeji est lié au décès d’un jumeau, et non simplement à la naissance de jumeaux. C’est une idée reçue fréquente, y compris dans certaines descriptions commerciales.

NON, CHAQUE NAISSANCE DE JUMEAUX NE PRODUISAIT PAS AUTOMATIQUEMENT DEUX SCULPTURES.

C’est probablement l’une des idées les plus répandues lorsqu’on découvre les Ere Ibeji.

On voit deux statuettes présentées ensemble et l’explication semble évidente : des jumeaux sont nés, donc deux sculptures ont été réalisées.

La réalité est beaucoup plus complexe.

Chez les Yoruba, la naissance de jumeaux — Ìbejì — possède une importance particulière. Mais les figures en bois que nous appelons Ere Ibeji n’étaient pas automatiquement sculptées à chaque naissance gémellaire.

La sculpture intervenait avant tout lorsque l’un des jumeaux mourait.

L’Ere Ibeji pouvait alors devenir une représentation du jumeau disparu et continuer à recevoir une attention particulière au sein de la famille.

Cela permet de comprendre une distinction fondamentale.

UN SEUL JUMEAU DÉCÈDE

Si l’un des deux enfants mourait tandis que son jumeau survivait, une seule figure pouvait être sculptée pour représenter l’enfant disparu.

Nous avions donc :

un enfant vivant + un Ere Ibeji.

La présence aujourd’hui d’un Ibeji isolé n’implique donc absolument pas qu’il ait nécessairement été séparé d’une paire.

Il peut parfaitement avoir été conçu dès l’origine comme une figure unique.

LES DEUX JUMEAUX DÉCÈDENT

Lorsque les deux enfants mouraient, deux figures pouvaient être commandées.

Nous obtenions alors ce que les collectionneurs appellent aujourd’hui une paire d’Ere Ibeji.

Mais même ici, la réalité peut être plus complexe que l’image idéale de deux sculptures parfaitement identiques.

Les circonstances du décès pouvaient être différentes, les figures pouvaient être commandées à des moments différents et leur histoire familiale pouvait évoluer au fil des générations.

C’est pourquoi deux figures appartenant à une même histoire ne sont pas nécessairement des copies exactes l’une de l’autre.

ET SI LES DEUX JUMEAUX SURVIVAIENT ?

C’est précisément là que l’idée reçue doit être corrigée.

La naissance de jumeaux ne nécessitait pas, à elle seule, la réalisation de deux Ere Ibeji.

Si les deux enfants vivaient, il n’y avait pas nécessairement de raison de les représenter par deux sculptures funéraires ou substitutives.

Autrement dit :

« La naissance de jumeaux n’impliquait pas automatiquement la sculpture de deux Ere Ibeji. »

Cette distinction est également importante pour le collectionneur.

Nous avons aujourd’hui tendance à considérer une paire comme l’état « complet » et une figure seule comme la moitié d’un ensemble perdu.

Historiquement, ce raisonnement peut être faux.

Certaines figures seules ont certainement perdu leur compagnon au cours du temps.

Mais d’autres n’en ont probablement jamais eu.

Et cela change notre manière de les regarder.

Un Ere Ibeji isolé n’est donc pas nécessairement un objet incomplet.

Il peut être le témoignage parfaitement complet d’une situation familiale particulière : un jumeau disparu et l’autre resté vivant.

C’est aussi ce qui rend l’étude des Ere Ibeji si fascinante.

Derrière chaque sculpture, il ne faut pas seulement chercher une région, un atelier, un sculpteur ou une époque.

Il faut aussi essayer de comprendre la fonction pour laquelle l’objet a été créé et la vie qu’il a connue.

Car avant de devenir une sculpture africaine dans une collection occidentale, un Ere Ibeji appartenait à une histoire humaine.

Et parfois, une seule figure raconte exactement l’histoire qu’elle devait raconter.

La Passion des Ibeji

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