PHOTOGRAPHIER CORRECTEMENT UN IBEJI AMÉLIORE SON ÉTUDE

Lorsque l’on étudie un Ere Ibeji, on pense naturellement aux livres, aux catalogues, aux provenances et aux comparaisons stylistiques. Pourtant, un outil beaucoup plus simple peut considérablement améliorer notre compréhension d’une sculpture : la photographie.

Une bonne photographie ne sert pas seulement à présenter agréablement un objet.

Elle permet de mieux le regarder.

Et, dans certains cas, elle révèle des détails que l’on n’avait jamais réellement remarqués en tenant pourtant la sculpture entre ses mains.

UNE PHOTOGRAPHIE N’EST PAS SEULEMENT UNE IMAGE

Lorsque nous regardons un Ibeji directement, notre œil se déplace constamment.

Nous observons le visage, puis la coiffure, puis la patine. Nous tournons la sculpture et revenons sur un détail.

Cette vision est riche, mais également très subjective.

La photographie produit quelque chose de différent : elle immobilise un point de vue.

Elle permet alors d’examiner calmement les proportions, les volumes et les relations entre les différentes parties de la sculpture.

Un déséquilibre que l’on ne remarquait pas devient évident.

Une asymétrie apparaît.

La construction d’une oreille devient plus lisible.

Le rapport entre la tête et le corps se révèle autrement.

Photographier, c’est déjà analyser.

COMMENCEZ PAR LES VUES ESSENTIELLES

Pour documenter sérieusement un Ibeji, une seule photographie de face est insuffisante.

Je recommande au minimum :

face — dos — profil droit — profil gauche — trois-quarts droit — trois-quarts gauche.

Ces six vues permettent déjà de comprendre beaucoup mieux la construction générale.

Les profils sont particulièrement importants.

Certaines caractéristiques difficiles à percevoir de face deviennent évidentes : projection du visage, forme du front, position des oreilles, construction de la coiffure, courbure du dos ou implantation des bras.

Un Ibeji est une sculpture.

Il doit être étudié en trois dimensions.

PHOTOGRAPHIEZ ENSUITE LES DÉTAILS

Après les vues générales, rapprochez-vous.

Photographiez :

le visage,
les oreilles,
la coiffure,
les scarifications,
les mains,
les parures,
les pieds,
le socle.

Et surtout : photographiez le dessous du socle.

C’est probablement l’une des vues les plus souvent oubliées.

Pourtant, elle peut montrer des traces d’outils, des fissures, des anciennes étiquettes, des numéros de collection ou d’inventaire, des marques de soclage et différentes traces liées à l’histoire matérielle de l’objet.

Une documentation photographique sérieuse doit enregistrer ce qui est spectaculaire, mais aussi ce qui ne l’est pas.

LES OREILLES MÉRITENT LEUR PROPRE PHOTO

J’insiste souvent sur les oreilles dans l’étude stylistique des Ibeji.

Une photographie de profil rapprochée permet de comprendre leur construction beaucoup mieux qu’une vue générale.

Comment sont-elles détachées du crâne ?

Quelle est leur forme ?

Comment le pavillon est-il traité ?

Comment rejoignent-elles la mâchoire ou la coiffure ?

Pour comparer plusieurs sculptures attribuées à un même atelier, aligner des photographies d’oreilles prises sous le même angle peut être extrêmement instructif.

Il en va de même pour les mains, les pieds ou les bases.

UTILISEZ TOUJOURS DES ANGLES COMPARABLES

C’est ici que la photographie devient véritablement un outil de recherche.

Imaginez dix Ibeji photographiés de manière totalement différente : certains vus d’en haut, d’autres d’en bas, certains de trois-quarts, d’autres parfaitement de face.

La comparaison devient difficile.

Maintenant, photographiez ces dix sculptures exactement de la même manière.

Même hauteur.

Même distance.

Même orientation.

Même type d’éclairage.

Les différences apparaissent immédiatement.

La standardisation transforme une collection de photographies en outil comparatif.

ÉVITEZ LES OBJECTIFS TROP GRAND-ANGLE

Les smartphones permettent aujourd’hui d’obtenir d’excellentes photographies, mais ils présentent un piège : le grand-angle.

Photographier une sculpture de très près peut déformer considérablement ses proportions.

La tête paraît plus grande.

Le nez devient plus projeté.

Les pieds semblent reculer.

La silhouette entière peut être faussée.

Il vaut généralement mieux s’éloigner légèrement puis zoomer modérément plutôt que de placer l’appareil très près de l’objet.

L’objectif n’est pas de produire une image spectaculaire.

Il est de produire une image fidèle.

L’ÉCLAIRAGE DOIT RÉVÉLER, PAS TRANSFORMER

Une lumière très dure peut accentuer artificiellement les reliefs.

Un éclairage trop frontal peut au contraire les effacer.

Les reflets peuvent également donner à une patine une apparence beaucoup plus brillante qu’elle ne l’est réellement.

Pour l’étude, privilégiez une lumière douce, diffuse et relativement neutre.

L’idéal est de pouvoir distinguer les volumes sans créer d’ombres excessivement profondes.

Attention également aux traitements numériques.

Contraste excessif, saturation, netteté artificielle ou HDR peuvent transformer visuellement la surface du bois.

Une photographie documentaire doit chercher la fidélité.

Ne rendez pas l’Ibeji plus beau. Rendez-le plus lisible.

AJOUTEZ UNE ÉCHELLE

Une photographie seule ne permet pas toujours d’évaluer correctement les dimensions.

Pour certaines vues documentaires, placez une règle ou une échelle graduée à proximité de l’objet.

Et conservez systématiquement dans votre fiche :

hauteur, largeur maximale, profondeur et dimensions du socle.

Quelques années plus tard, ces informations peuvent devenir précieuses lorsque l’on compare la sculpture avec un exemplaire publié ou passé en vente.

PHOTOGRAPHIEZ AUSSI LES IMPERFECTIONS

Fissure ?

Réparation ?

Manque ?

Trou ?

Zone d’usure inhabituelle ?

Ne cherchez pas à les dissimuler.

Photographiez-les.

Ces éléments appartiennent à l’histoire matérielle de la sculpture.

Une ancienne réparation peut même devenir un élément permettant d’identifier avec certitude un objet dans une photographie d’archive ou un ancien catalogue.

Ce qui semble aujourd’hui être un défaut peut devenir demain un indice de provenance.

LA PHOTOGRAPHIE PERMET DE VOIR L’ÉVOLUTION DE L’OBJET

Il existe une autre raison de photographier régulièrement sa collection.

Les objets évoluent.

Une fissure peut progresser.

Une perle peut disparaître.

Une cordelette peut se détériorer.

Une restauration peut être réalisée.

Une série de photographies datées constitue donc une véritable mémoire de l’état de conservation de la sculpture.

Pour une collection importante, cette documentation devient particulièrement utile.

CRÉEZ VOTRE ARCHIVE VISUELLE

Pour chaque Ibeji, créez un dossier.

Attribuez-lui un numéro.

Conservez les vues générales, les détails, les dimensions, la provenance connue, les références bibliographiques et les anciennes photographies éventuelles.

Progressivement, vous constituerez votre propre base documentaire.

Et quelque chose d’intéressant se produira.

Lorsque vous étudierez une nouvelle sculpture, vous ne dépendrez plus uniquement de votre mémoire.

Vous pourrez ouvrir vos archives et comparer immédiatement :

les oreilles, les coiffures, les mains, les pieds, les socles, les proportions.

Votre collection deviendra elle-même un outil d’étude.

UNE BONNE PHOTO APPREND À MIEUX REGARDER

Photographier correctement un Ibeji ne consiste donc pas simplement à produire une belle image pour Instagram, un catalogue ou une annonce de vente.

C’est une méthode d’observation.

Prenez votre Ibeji.

Photographiez-le de face.

Puis de profil.

De dos.

En trois-quarts.

Approchez-vous des oreilles, des mains, des pieds et du socle.

Retournez-le.

Puis affichez toutes ces images côte à côte.

Vous découvrirez probablement quelque chose que vous n’aviez jamais remarqué auparavant.

Car une bonne photographie ne remplace pas l’observation directe.

Elle oblige simplement votre œil à regarder autrement.

La Passion des Ibeji

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